Mourir pour Gilles Piazo

Gilles Piazo, qui contribua aux histoires Semblables et Des Heures En Moins sur le Cadavre, parle de son dernier livre Mourir pour la Patrie paru aux éditions de la Matière Noire.

 

Le novella Mourir pour la Patrie est sorti il y a peu, pourrais-tu nous en faire un petit pitch pour commencer?
C'est un texte qui relate l'expérience ultime vécue par l'employé d'une plateforme téléphonique dédiée au rachat de crédits à la consommation. Tout va pour lui se trouver bouleversé après son entrée dans une faction un peu particulière qui sévit sur l'open-space et en dehors...

 

D'où t'es venue l'idée d'écrire cette histoire?
C'est compliqué à identifier précisément, parce que c'est un texte dont les premières lignes ont été écrites il y quatre ou cinq ans. J'avais planté le décor, j'avais l'idée du standard et de la course au dossier, à la prime... Mais rien de plus. Alors j'ai laissé le texte en jachère, plusieurs fois d' ailleurs, et les thématiques connexes ont commencé à venir se greffer progressivement au grès des reprises et refontes successives.

 

Est-ce que les actualités plus ou moins récentes (crise des subprimes, inégalités, primes des traders) ont nourri ton désir de reprendre l'histoire?
Bien sûr.
La violence sociale qui se dégage de telles pratiques, le cynisme grossièrement déguisé en vertu et goût du travail bien fait, les requins de la finance ou d'organismes vantant le crédit responsable qui paradent sous des atours de philanthropes... : tout cela a nourri le développement de l'histoire et l'a peut-être d'ailleurs amenée jusqu'aux extrémités qu'elle côtoie !

 

Le personnage principal semble avoir une conscience morale et politique, mais en même temps s'adonne à "la Cause", une espèce de pyromanie sociétale. Comment est-ce que tu réconcilies ces deux aspects chez lui?
En essayant de montrer que c'est justement cette dévotion à "la Cause" qui lui donne enfin une grille de lecture stable du réel, dans laquelle il n'y a plus de place pour l'hésitation et le doute. D'où la récurrence tout au long du texte des paroles qu'il rapporte et se répète en boucle, paroles qui sonnent comme autant de sermons, de vérités indiscutables. Il entre dans les rangs, on lui souffle ce qu'il doit penser et faire. Ça lui convient. Cette simplicité le rassure et peut-être aujourd'hui, dans cet environnement de plus en plus complexe et agressif qu'est le nôtre, sommes-nous plus que l'on croit dans ce cas, à enfiler des clichés comme des perles, de ceux que l'on ne cesse de nous servir "prêts à l'emploi" par matraquage médiatique.
Alors bien sûr, j'ai pris le parti de l’extrême, d'un endoctrinement proche d'une structure milicienne. Mais je pense qu'il peut éclairer un aspect de l'évolution actuelle des mentalités.

 

Le titre du livre, Mourir pour la Patrie, renvoie à des notions auxquelles on fait beaucoup écho en cette année de commémorations des guerres mondiales. Est-ce que c'est délibéré?
Pas du tout !
La date de publication s'est posée là ; voilà tout.
Par contre la référence reste explicite et m'a été inspirée par une phrase que j'ai lue quelque part - chez Paul Virilio il me semble mais sans garantie aucune - et qui disait à peu près que l'employé d'aujourd'hui devait œuvrer pour la patrie de son patron. Ça m'a frappé, cette idée que le patriotisme d'aujourd'hui, ce serait le dévouement à sa boite et à celui qui l'incarne. Qu'être un bon employé, ce serait finalement être un bon soldat, au sens propre du terme. Un killer, comme on dit.
Du coup, et compte tenu du contexte dans lequel s'inscrit le texte, j'ai sauté sur l'expression...!

 

Dernière question, plus cadaveresque : ton texte très réussi sur Des Heures En Moins attend toujours une suite. Comment en es-tu arrivé à écrire cette lettre? Aussi, qu'aimerais-tu lire pour la suite? Est-ce que tu t'attends à quelque chose en particulier?
Merci pour le très réussi !
Après, j'avoue que je ne me souviens plus du cheminement qui m'a conduit à cette lettre. Et je suis en train de me rendre compte en répondant à ces questions que j'ai globalement du mal aujourd'hui à restituer la genèse de certains de mes textes... Peut-être naissent-ils d'associations d'idées qui m'échappent par la suite...
La suite, d'ailleurs ; à qui la suite ?!
De mon côté - et c'est tout le piquant et l'intérêt du projet - je n'attends rien de particulier : je m'attends à tout.

 

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